La fessée ENFIN interdite

Bizarrement, alors que le sujet m’intéresse beaucoup et que j’ai un avis très tranché sur la question, je n’étais pas au courant que depuis le 2 juillet dernier l’Assemblée Nationale avait voté l’interdiction de toutes violences et châtiments corporelles faites aux enfants par leurs parents.

Autant vous dire que je suis ravie.

Bien que cette loi reste incomplète puisque aucune sanction pénale n’est prévue à ce jour, c’est un signe positif qui montre que les mentalités en France sont en train d’évoluer petit à petit…

Si j’ai décidé d’écrire aujourd’hui c’est parce que je suis tombée sur un article d’une autre maman blogueuse dont les propos absurdes m’ont fait sortir de mes gonds !

« Pourquoi blâmer une pratique d’éducation et pas une autre? Pourquoi la fessée, alors que depuis des milliers d’années elle est pratiquée par de nombreuses personnes au moins une fois dans la vie de leurs enfants? »

Ma chère, dans certains pays on pratique l’excision depuis des milliers d’années sur des petites filles sans défenses et pourtant je suis certaine que vous considérez un tel acte comme criminel. » La durée d’usage d’une pratique ne permet pas de la légitimer que je sache ! Ce n’est pas parce qu’on donne des fessées depuis des « milliers d’années » comme vous dites, que cela la rend acceptable ou légitime.

Critiquer la fessée de manière tranchée est difficile aujourd’hui dans notre pays car c’est remettre en cause l’éducation que l’on a nous-même reçu de nos propres parents et qui au final ne nous semble pas si mauvaise que ça. J’ai certainement dû recevoir quelques tapes sur les mains ou fessées dans mon enfance et je ne fais aucun reproche à mon entourage, je sais qu’ils pensaient bien faire. Mais aujourd’hui en ce qui concerne ma fille, je n’ai aucun souci à m’opposer fermement au fait que Mlle R reçoive la moindre petite tape, même sur la main, de la part de ses grands-parents, taties et tontons, etc.

Fut un temps où je n’étais pas aussi tranchée sur la question, un temps (avant d’être maman moi-même) où j’admettais volontiers qu’une fessée n’avait jamais tué personne, qu’il y avait « fessée » et « FESSÉES ». Mais où est la limite? Quel nombre de fessées par jour, semaine ou année est acceptable? Comment mesurer la force d’une fessée « acceptable »? Nos enfants et nous-même parents sommes différents, nos limites aussi. Il est finalement très difficile de légiférer sur ce genre de question autrement que de façon tranchée. Soit on autorise, soit on interdit. La prudence veut que je préfère l’interdiction dans ce cas précis.

Un jour, juste après la naissance de Mlle R., j’ai eu une discussion avec mon père au sujet de la fessée. Il m’a dit une chose si simple et pourtant si juste « On n’a pas le droit de taper sa femme. Pourquoi a-t-on le droit de taper ses enfants ? ». Cette phrase n’a cessé de faire échos en moi pendant des semaines. Peut-être aussi parce que je savais, pour en avoir déjà discuté avec lui, que son enfance avait été marquée par de nombreuses fessées et autres violences, et qu’aujourd’hui il ressentait l’impact néfaste que cela avait eu sur lui, sur son développement personnel.

« On n’a pas le droit de taper sa femme. Pourquoi a-t-on le droit de taper ses enfants ? »

Que voulez-vous répondre à ça ? A-t-on un droit de propriété sur ses enfants nous permettant d’agir sur eux de manière différente?

Les opposants à ce projet de loi mettent souvent en avant le fait qu’interdire la fessée revient à s’immiscer dans la vie privée de chacun. Mais c’est déjà le cas pour les violences conjugales non? Et pourtant dans ce cas précis personne ne trouve à redire. L’interdiction des violences conjugales (du moindre petit geste, claque ou simple bousculade)  n’est jamais remise en cause que je sache. Tout le monde s’entend sur la légitimé d’une telle loi. Il devrait en être de même pour les violences faites aux enfants.

Bien entendu, interdire la fessée ne règlera pas complètement le problème et il arrivera, au même titre que les violences conjugales, que des enfants en reçoivent de façon plus ou moins importante dans certaines familles. Néanmoins, avec le recul et l’expérience des pays scandinaves, on sait aujourd’hui qu’une telle interdiction a permis de faire reculer le taux de maltraitance chez l’enfant. En effet cette interdiction a poussé les parents à repenser leur éducation et leur autorité, et à trouver des alternatives non-violentes.

On pourrait débattre longtemps du sujet, et je pourrais vous énumérer une longue liste d’arguments en faveur de l’interdiction (risque d’augmentation de l’agressivité, augmentation de l’anxiété, perte de l’estime de soi, etc…) mais là n’est pas le débat. Pas dans cet article en tout cas. Tous les parents qui utilisent la fessée sur leur enfant ne sont pas des parents maltraitants, je le sais bien. Je ne fais pas l’amalgame entre simple fessée épisodique et châtiment corporel, même si je suis contre toute forme de violence quelle qu’elle soit. Je pense juste qu’il serait plus judicieux de prendre du temps à chercher des alternatives non violentes plutôt que de vouloir à tout prix chercher à justifier ou nuancer l’impact des violences physiques sur nos enfants.

Je ne dis pas que cela ne m’arrivera jamais, qu’un jour fatiguée je n’aurais pas un geste malheureux envers ma fille. Je trouve seulement que défendre et revendiquer la fessée comme étant un droit légitime qu’à chaque parent sur son enfant est dangereux.

Ce qui est certain, c’est que si cela m’arrive un jour, mon premier réflexe sera de m’excuser auprès de ma fille et de lui exprimer mon regret.

J’avais toujours refusé de parler de ce sujet sur le blog, trop sensible à mon goût… Mais aujourd’hui j’ose dire que NON, dans ce cas précis, chacun ne peut pas faire ce qu’il veut avec son enfant.

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1 Comment on La fessée ENFIN interdite

  1. Charlotte
    19 juillet 2016 at 15 h 17 min (1 année ago)

    Je partage tellement ton avis! Et je suis tellement contente que tu en parles sur ton blog. Je suis contre la fessée également, je refuse la moindre tape sur la main d’Arthur de qui que se soit. Pour moi la violence n’est pas l’éducation aussi sporadique soit elle mais du dressage. Beaucoup disent j’en ai reçu cela ne m’a pas fait de mal mais cela n’est pas un argument. Aujourd’hui comme tu le dis et ton papa aussi si bien on n’a pas le droit de frapper son conjoint, ni ses pairs d’ailleurs pourquoi l’enfant, lui, finalement faible et sans défense, que peut il bien faire face à un adulte, devrait l’être?
    Nous avons beaucoup à apprendre des pays scandinaves sur ce point, et c’est déjà un sacré pas de franchit dans un pays dans lequel cette pratique est encore trop largement légitimée.

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